ESPACE MENDÈS FRANCE
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Rien en biologie n’a de sens, sinon à la lumière de l’Evolution (Theodosius Dobzhansky)


13 Mar 2008 0 h 00

Quatorzièmes journées annuelles de la Société d’Histoire et d’Épistémologie des Sciences de la Vie organisée en partenariat la Faculté des Sciences de Poitiers et avec l’Espace Mendès-France. La journée de jeudi 13 mars est en accès libre, celle du vendredi 14 est réservé.

Jeudi 13 mars – accès libre

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9h 00 Ouverture de la journée par le Président de la Société, Michel Morange et par Jean-Claude Desoyer, président de l’Espace Mendès-France.

9h 20 Daniel Becquemont (Université Lille 3) Quand tout prenait sens à la lumière de l’évolution : la « deuxième partie » de L’Origine des Espèces.

10h 10 Olivier Perru (Université Lyon 1) Bergson, entre évolution et création.

11h 00 Pause

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11h 20 Julien Delord (ATER CERES-ENS) Dobzhansky ou les illusions de la synthèse.

13h 10 Pause déjeuner

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15h 00 Michel Morange (Centre Cavaillès, ENS) La biochimie et la biologie moléculaire au regard de l’évolution.

15h 50 Michel Brunet (Collège de France, Université de Poitiers) En Afrique centrale, au Tchad… à la recherche d’une nouvelle histoire de l’humanité…

16h 40 Pause

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17h 00 François Nau (Université de Poitiers) L’évolution à l’œuvre dans la défense des organismes.

Vendredi 14 mars – accès réservé

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9h 00 Ouverture de la journée par le Président de la Société, Michel Morange

9h 20 Jean-Louis Fischer (Centre Alexandre-Koyré) Les représentations de l’embryon et du fœtus humain : entre art et science.

10h 00 Céline Briée (Université de Nantes) Du verdissement des huîtres aux limites qui séparent le règne animal et végétal ou la querelle qui opposa Benjamin Gaillon à Jean-Baptiste Bory de Saint-Vincent dans les années 1820.

10h 40 Pause

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11h 00 Philippe Lherminier La barrière d’espèce : mythe et génétique.

11h 40 Christian Bange (Université Lyon 1) La réception de la nomenclature binomiale (noms triviaux de Linné) et la diffusion du linnéisme en France au XVIIIème siècle.

12h 20 Christiane Nivet (Université Paris 7) Gregor Mendel fut-il un étudiant clandestin à l’Université de Vienne en 1851 ?

13h 00 Pause déjeuner

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14h 30 Charles Galperin (IHPST) De l’évolution au développement.

15h10 Françoise Longy (IHPST, Université Marc-Bloch Strasbourg) La sélection naturelle en tant que cause. Probabilité, hasard et biais sélectifs.

15h 50 Pause

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16h 10 Gerald Fournier (Université Lyon 1) Contribution à l’anthropologie de Darwin. Pour un examen critique de « l’effet réversif » (P. Tort, 1983): la question décisive de la sympathie.

16h 50 Maël Lemoine (Université de Tours) Désunité de la science médicale ?

17h 30 Assemblée générale et Conseil d’administration de la Société

Résumés des communications

1. Daniel Becquemont (Université Lille 3)
Quand tout prenait sens à la lumière de l’évolution : la « deuxième partie » de L’Origine des Espèces.

Les manuscrits de 1842 et de 1844 où sont pour la première fois exposés la théorie de la sélection naturelle contiennent deux parties, la première étant l’exposé de la théorie, la seconde l’affirmation que tous les domaines et toutes les lois de la biologie prennent un sens nouveau à la lumière de la théorie darwinienne. Les nombreuses notes prises par Darwin de 1844 à 1859 témoignent de l’importance qu’il accordait à cet aspect de sa démontration, qui visait à prouver que la descendance avec modification rassemblait sous son autorité chaque aspect de la biologie de son temps. Elles devaient probablement constituer le troisième volume d’un monumental ouvrage, dont les Variations des animaux et des plantes domestiquées étaient le premier volume, le second étant consacré à l’exposé de la théorie à proprement parler. Si la distinction entre deux parties n’existe pas dans L’Origine des espèces, les chapitres consacrés à la manière dont les données de la paléontologie, de la distribution géographique, de la classification, de la morphologie, de l’embryologie, voire de l’hybridité (à partir de chapitre IX de la première édition) y correspondent et Darwin lui-même insista sur leur importance. Tout prenait sens à partir de sa théorie y compris la controverse majeure entre unité de type et conditions de vie.

2. Olivier Perru (Université Lyon 1)
Bergson, entre évolution et création.

L’évolution créatrice resitue toute vie dans une histoire générale de la vie et de la conscience, toute durée individuelle dans la durée dynamique et ample de la vie, non réductible aux individus. C’est donc de l’évolution qu’il s’agit, mais de l’évolution vue par un philosophe qui cherche à réintégrer des acquis des sciences psychologiques et biologiques dans une pensée de la vie. L’évolution créatrice permet ainsi de décrypter « l’évolutionnisme » biologique et anthropologique de Bergson afin de mieux cerner la vie comme conscience et création. On sait qu’une telle pensée n’est évidemment pas réductible aux thèses transformistes de son temps même si elle s’en nourrit mais que la synthèse à la fois évolutive et psychologique de Bergson se substitue eu quelque sorte à la métaphysique. On pourrait même dire que l’instauration d’une métaphysique de la vie, résume le programme de recherche de Bergson. Pour Bergson, la réalité de la vie, manifestée entre autres dans les sciences biologiques et en psychologie, est à la fois changement et expression de tendances durables, voire de principes de vie. Je cite Gouhier : « Les sciences de la vie mettent l’esprit en présence d’une réalité qui est changement. La plante qui naît, pousse et dépérit, l’organisme sans cesse en état d’adaptation active à son milieu, l’animal en quête d’aliment, les espèces qui se succèdent, de plus en plus complexes…Comment dissocier ici être et devenir ? Le vivant est tellement identique au mouvant que le changement est le signe même de la vie, ce sans quoi il n’y a plus que chose morte. A l’école de la biologie, la philosophie ne peut que renoncer au privilège de l’être immobile et intemporel »1.

Telle est la démarche de Bergson et cette communication mettra en valeur quelques éléments de la biologie transformiste de la fin du 19è siècle qui sont un fondement biologique de la vision philosophique de L’évolution créatrice. En quoi cette pensée de Bergson peut encore nous interroger et conserver une pertinence aujourd’hui ? Par ailleurs, nous nous interrogerons sur ce que représente l’œuvre de « création » chez Bergson, qu’elle soit attribuée à l’évolution ou, in fine, à l’homme.

3. Julien Delord (ATER CERES-ENS)
Dobzhansky ou les illusions de la synthèse.

Dobzhansky, en affirmant que rien en biologie n’a de sens si ce n’est à la lumière de l’évolution, a résumé mieux que personne l’ambition de la synthèse néo-darwinienne. D’un point de vue historique il est surprenant que cette formule apparut en 1973, plus de trente-cinq années après la parution de l’ouvrage fondateur de Dobzhansky, Genetics and the Origin of Species, au moment où la synthèse commençait justement à se « ramollir ». La même année, Leigh Van Valen proposait en effet une vision déflationniste de l’évolution comme simple « contrôle du développement par l’écologie ». Or, loin de confirmer l’adage de Dobzhansky, l’histoire récente a sanctionné la vision de Van Valen avec le développement de l’Evo-Devo, de l’épigénétique, de l’écologie théorique et la déconfiture du programme adaptationniste.
Il n’en demeure pas moins que la formule de Dobzhansky marque toujours la pensée évolutionniste au point qu’il nous a fallu nous interroger sur l’illusion persistante de la « synthèse » qu’elle véhicule et sur les enjeux épistémologiques (en termes d’unification et d’explication notamment) qu’elle a contribué à occulter. Nous conclurons en évoquant les contre-feux regrettables qu’ont attisés des interprétations maximalistes de la pensée de Dobzhansky par ses admirateurs.

4. Michel Morange (Centre Cavaillès, ENS)
La biochimie et la biologie moléculaire au regard de l’évolution.

Les partisans de l’Intelligent Design ont dans leurs rangs un certain nombre de biochimistes, comme Michael Behe. Les mécanismes biochimiques ne sont-ils pas presque « parfaits », et leur mise en place progressive difficilement concevable ?

Nous montrerons au contraire que les caractéristiques biochimiques et moléculaires n’ont de sens que vues sous le regard de l’évolution. Un bon exemple en est la synthèse des protéines, et le rôle des chaperons moléculaires dans celle-ci. Une pure rationalité physico-chimique ne peut expliquer la diversité des chaperons, ni la dépendance plus ou moins forte des protéines vis-à-vis de la fonction chaperon. La situation actuelle est le résultat d’une longue co-évolution. D’autres exemples seront discutés, qui vont tous dans le même sens : une explication des processus du vivant nécessite l’articulation de modèles physico-chimiques et de scénarios évolutifs.

5. Michel Brunet (Professeur au Collège de France, Université de Poitiers)
En Afrique centrale, au Tchad …à la recherche d’une nouvelle histoire de l’humanité.

La notion de l’existence de fossiles humains est très récente, de l’ordre de 150 ans. Mais qui est l’ancêtre, où et quand est-il apparu? … sont toujours des questions d’actualité.
Dans les années 80, les hominidés anciens sont uniquement connus en Afrique Australe et Orientale, mais le fait que les plus anciens soient Est Africains a conduit Y.Coppens (1983) à proposer le paléoscénario “East Side Story” : hypothèse de la savane originelle.
Depuis 1994 la M.P.F.T2 prospecte et fouille dans le désert du Djourab (Nord Tchad) où successivement elle a mis au jour un nouvel australopithèque, Australopithecus bahrelghazali, surnommé Abel (estimation biochronologique 3-3.5 Ma), le premier trouvé à l’ouest de la vallée du grand Rift (Brunet et al., 1995) et plus tard un nouvel hominidé (surnommé Toumaï) Sahelanthropus tchadensis Brunet et al., 2002 du Miocène supérieur (estimation biochronologique proche de 7 Ma). Ce plus ancien hominidé connu est une découverte majeure qui montre que l’hypothèse d’une origine australe ou orientale du clade humain doit être reconsidérée.

En fonction de ces nouvelles données l’histoire des hominidés anciens et de leur origine doit être reconsidérée dans le cadre d’un nouveau paradigme.

6. François Nau (Université de Poitiers)
L’évolution à l’œuvre dans la défense des organismes

L’étude phylogénétique des mécanismes de défense des organismes contre les attaques de pathogènes montre de nombreux éléments caractéristiques de l’évolution en général: tendance à la complexification, réutilisation de composants déjà présents, évolution convergente, etc.…

En outre, et de manière parfaitement originale, le système immunitaire spécifique présent chez les vertébrés fonctionne, au sein même de l’individu, par un processus typiquement évolutionniste, faisant appel à la variation aléatoire et à la sélection.
La présentation de quelques exemples choisis dans ces domaines permettra de mettre en évidence la place essentielle que tiennent ces concepts dans la capacité étonnante qu’ont les individus et les populations à se prémunir avec efficacité contre des menaces qu’ils n’ont jamais encore rencontrées.

Journée du vendredi

1. Jean-Louis Fischer (Centre Alexandre-Koyré)
Les représentations de l’embryon et du fœtus humain : entre art et science.

Nous évoquerons dans cette conférence des constructions de discours possibles concernant des représentations de l’embryon et du fœtus humains dans la normalité, l’anormalité et l’imaginaire, en nous appuyant sur des modèles historiques : rosace de la cathédrale de Lausanne (12e-13e s.), gravures des 16e et 17e s., cires anatomiques des 18e et 19e s., planches gravées du 19e s., gravures et sculptures d’artistes du 20e s… Au-delà de l’esthétisme qui caractérise ces représentations nous découvrons une symbolique de l’objet caractérisant aussi bien l’irrationnelle imaginaire d’une pensée culturelle, sociétale, théologique … que la rationalité d’une pensée scientifique s’appuyant sur des extrapolations tirées d’observations réelles… parfois aussi imaginaire et réalités se mêlent…

2. Céline Briée (Université de Nantes)
Du verdissement des huîtres aux limites qui séparent le règne animal et végétal ou la querelle qui opposa Benjamin Gaillon à Jean-Baptiste Bory de Saint-Vincent dans les années 1820.

Comment un problème aussi circonscrit que celui du verdissement des huîtres peut-il être lié à des questions aussi vastes et importantes que celle de la limite séparant les règnes animal et végétal ? De quelle manière un naturaliste amateur peut-il se retrouver impliqué dans une polémique qui l’oppose violemment à un influent naturaliste de son temps ? C’est ce que nous allons tenter de mettre en lumière au travers le cas de Benjamin Gaillon (1782-1839), douanier à Dieppe et passionné de botanique, qui, dans le cadre d’un travail sur le verdissement des huîtres, entra en conflit avec Jean-Baptiste Bory de Saint-Vincent (1778-1846), célèbre naturaliste transformiste, au sujet de la cause de ce phénomène, de la classification du monde vivant ainsi que de la limite qui sépare le règne animal et végétal.

3. Philippe Lherminier
La barrière d’espèce : mythe et génétique

L’expression « barrière d’espèce » n’est pas seulement une métaphore trompeuse. C’est un mythe qui renvoie à l’idée créationniste et finaliste d’une entité idéalement close, et qui suggère l’existence d’organes ou de fonctions ayant pour but la protection de l’intégrité des espèces et finalement de l’ordre naturel. Le dogme de l’incommunicabilité des substances l’élève au statut de principe métaphysique. Plusieurs exemples montrent la persistance d’un tel mythe jusque dans les dossiers les plus techniques.

1) Les conjoints de même espèce se recherchent et se conviennent, mais d’une espèce à l’autre ils ne s’évitent pas : simplement ils s’ignorent. L’isolement sexuel entre espèces n’est pas une fonction, car il n’existe ni organe de protection ni molécule répulsive qui mériterait le nom de « barrière ». 2) La barrière infectieuse entre espèces n’est pas plus réelle : les parasites, les germes pathogènes, ne cherchent pas une espèce mais des conditions de vie. 3) La barrière de xénogreffe (un cœur de porc à un homme) est aussi incohérente : il n’y a pas de barrières immunologiques entre espèces mais des incompatibilités qui n’ont que des rapports lâches à la parenté taxonomique. A son tour la transgénèse (un « gène humain » à un « gène de souris ») est perçue comme une transgression parce qu’on s’imagine que chaque gène appartient en propre à une espèce. 4) Les élucubrations sur la Création et l’ID se résument en dernière analyse au refus mythique du passage d’une espèce à une autre. D’ailleurs la Genèse est le triomphe de l’espèce, tandis que la Bête de l’Apocalypse en est la déchéance. La Théogonie d’Hésiode montre aussi comment le Chaos s’ordonne quand paraît l’espèce. 5) Il est plus décevant que des psychologues placent une séparation nette entre comportement animal et humain : la barrière de la parole. 6) L’écologie elle aussi résout la biodiversité à un dénombrement d’espèces, comme si la disparition d’un moucheron se comparait à celle des guépards ou des gorilles.

L’espèce est une idée régulatrice au sens de Kant. Elle guide et coordonne nos recherches, suggère des hypothèses, classe et unifie nos savoirs. Mais si au contraire on fait l’erreur de lui conférer une valeur causale, alors le statut épistémologique de l’espèce est perverti : elle devient un mythe explicatif.

4. Christian Bange (Université Lyon 1)
La réception de la nomenclature binomiale (noms triviaux de Linné) et la diffusion du linnéisme en France au XVIIIème siècle.

Parmi beaucoup d’autres apports dont les sciences de la vie sont redevables à Linné, la nomenclature binomiale (tout être vivant est scientifiquement désigné par un nom constitué de deux termes, le premier se rapportant au genre et le second à l’espèce à laquelle on peut le rapporter) constitue aujourd’hui le legs le plus visible et le plus souvent célébré. Employé systématiquement pour les végétaux par Linné dans son Species plantarum (1753), ce mode de nomenclature a été progressivement adopté au cours de la seconde moitié du XVIIIème siècle dans toute l’Europe, y compris la France où cependant plusieurs naturalistes, parmi les plus célèbres (Buffon et Adanson, par exemple) émettaient de vives critiques envers divers aspects des doctrines linnéennes. Comme le démontre l’étude des ouvrages de botanique et de zoologie publiés entre 1753 et 1800, l’opposition à Linné n’a cependant pas été aussi absolue en France qu’on a pu le dire, et même si l’adoption de la nomenclature binomiale n’implique pas nécessairement l’adhésion à la totalité des idées et des pratiques de Linné, elle est cependant liée suffisamment à ses principaux concepts taxinomiques pour expliquer comment, malgré les critiques pertinentes qui ont pu lui être adressées, l’esprit du linnéisme s’est imposé en France avant même la mort de Buffon (1788).

5. Christiane Nivet (Université Paris 7)
Gregor Mendel fut-il un étudiant clandestin à l’Université de Vienne en 1851 ?

La réforme de l’enseignement universitaire mise en place dès 1849 à l’université de Vienne, tout en promouvant l’autonomie de la science par rapport aux pouvoirs politique et religieux, a instauré des mécanismes de contre sélection des étudiants ayant participé aux événements révolutionnaires de 1848. Nous suggérons que G. Mendel faisait partie de ces proscrits, son nom qui figurait avec la mention de « candidat professeur » au bas d’une pétition envoyée à l’assemblée constituante en août 48, constituait un témoignage compromettant suffisant pour le faire figurer sur la liste des proscrits interdits d’Université. En absence de documents justifiant de son inscription et de ses travaux à l’Université, nous montrerons comment il a néanmoins pu suivre des études universitaires à Vienne grâce à des protections dont il a pu bénéficier de la part des physiciens, les professeurs Baumgartner et Doppler.Il devint ainsi un des fleurons du premier état de la reforme.

6. Charles Galperin (IHPST)
De l’évolution au développement

Ce titre peut surprendre. Habituellement on passe des mécanismes qui gouvernent le développement de l’organisme à ceux qui provoquent l’innovation dans l’évolution. Ici on prendra le chemin inverse. En effet,si l’on considère l’oeuvre de Ed.B.Lewis(1918-2004) on constate que les problèmes qui retiennent le grand généticien du développement chez la Drosophile sont ceux des conditions d’émergence des fonctions nouvelles dans l’évolution ou encore celles de nouveaux gènes. Nous insisterons sur l’étude de 1951, »pseudoallelisme and gene evolution »où s’appuyant sur la structure des chromosomes il reprend une question déjà ancienne, reprise par C.B.Bridges en 1935, celle de la duplication des gènes. Comment est conduite l’analyse génétique des segments du corps de la drosophile? Comment se construit le premier modèle? On insistera sur le rôle indispensable de l’histoire des sciences pour comprendre la naissance et la persistance de nouveaux concepts et l’originalité des cheminements de la recherche.

7. Françoise Longy (IHPST, Université Marc-Bloch, Strasbourg)
La sélection naturelle en tant que cause. Probabilité, hasard et biais sélectifs.

Que désignent les expressions « sélection naturelle » et « dérive génétique » dans la théorie de l’évolution contemporaine? Des causes, comme on le suppose couramment, ou de simples effets statistiques? Depuis sept ou huit ans, le débat fait rage parmi les philosophes de la biologie anglo-saxons. D’un côté, Sober, Rosenberg, Millstein, Brandon, Bouchard et un certain nombre d’autres défendent l’interprétation habituelle, causaliste, de la sélection. De l’autre, Walsh, Ariew, Matthen contestent cette dernière en s’appuyant sur une analyse du rôle des probabilités dans les théories évolutionnistes. C’est la nature probabiliste, stochastique, attribuée aussi bien à sélection qu’à la dérive qui fait problème. La détermination des causes dans les processus stochastiques soulève, en effet, des difficultés particulières.

Notre objectif est de défendre le point de vue causaliste et de le préciser. Notre point de départ est une analyse critique d’un argument central des anti-causalistes développé par Matthen et Ariew en 2002. Leur argument s’appuie sur une analogie avec le lancer à pile ou face. Nous verrons, d’abord, ce que cette analogie nous apprend sur les causes à effet probabiliste, c’est-à-dire les causes qui sont supposées déterminer la probabilité d’un certain effet et non pas le produire de façon certaine. Nous verrons aussi comment une meilleure compréhension des causes à effet probabiliste condamne certaines perspectives, par exemple, celle adoptée par Sober en 1984 qui assimile la sélection et de la dérive à des forces. Ensuite, nous nous séparerons de Matthen et Ariew. Nous établirons que, contrairement à ce qu’ils affirment, il est possible dans beaucoup de cas de déterminer après coup les rôles causaux respectifs de la sélection et de la dérive dans une évolution particulière malgré la nature probabiliste de ces dernières. Ce qui explique cette singularité, c’est la façon particulière dont biais et hasard se combinent dans la sélection naturelle. On n’est donc pas contraint au même ignorabimus face à un résultat de l’évolution que face au résultat d’un lancer à pile ou face. Cela sauve, montrerons-nous, une des interprétations causalistes que Matthen et Ariew avaient prises comme cibles.

Dans la dernière partie, nous ferons apparaître l’intérêt de la réflexion menée par les anti-causalistes. Elle éclaire de façon décisive la question même si elle manque son but. Elle fournit, en effet, le moyen de séparer les causalistes en deux camps, d’établir qu’un camp a tort, et de dégager les principes d’une interprétation causaliste cohérente et solide de la sélection naturelle et de la dérive.

8. Gerald Fournier (Université Lyon 1)
Contribution à l’anthropologie de Darwin. Pour un examen critique de « l’effet réversif » (P. Tort, 1983): la question décisive de la sympathie.

La thèse de P. Tort est que, chez Darwin, « par la voie des instincts sociaux la sélection naturelle sélectionne la civilisation qui s’oppose à la sélection naturelle ». Tel est « l’effet réversif » de l’évolution. « Là où la nature élimine, la civilisation préserve » ; avec la civilisation, il y aurait donc, chez Darwin, « élimination de l’élimination ». La civilisation est définie par la protection qu’incarnent la médecine et l’aide sociale. Cette lecture repose sur l’extension de la sympathie à tous les hommes, jusqu’aux animaux. Si P. Tort nous dit que l’idéologie se définit par un processus de réduction et d’extension, notre thèse est que lui-même cède et réduit la sympathie à la compassion et étendcette dernière à la sympathie. C’est pourquoi il voit l’extension de la sympathie comme une extension de la compassion, de l’altruisme. Or un passage précis de l’œuvre l’interdit et souffre d’ailleurs d’une traduction étonnante (comparez la Filiation de l’homme, p. 222 (trad. Tort) avec l’original). On verra que l’extension de la sympathie n’est pas le problème (dégénérescence) mais sa solution ; que chez Darwin, les « supérieurs » se réservent le monopole de la reproduction légitime ; que l’accepter (de la part des « inférieurs ») c’est faire preuve de la même noble nature et d’une extension de la sympathie à la nation et à son avenir. Que c’est parce que les « inférieurs » en sont pour l’instant incapables que Darwin estime nécessaire, sans négliger la voie éducative, (XXI) une conservation de la lutte pour l’existence, bien qu’elle entraîne beaucoup de souffrances dit-il. Est-ce cela l’élimination de l’élimination ? On proposera ainsi une anthropologie darwinienne revisitée ainsi qu’un effet réversif alternatif.

9. Maël Lemoine (Université de Tours)
Désunité de la science médicale ?

Une explication scientifique peut toujours être développée ou approfondie, de sorte qu’un phénomène semble ne jamais pouvoir être expliqué. Dans ces conditions, chaque discipline scientifique définit les conditions d’une explication « suffisante » ou « satisfaisante » dans son propre champ. En partant d’un exemple d’énoncé médical : « la cyclosporine est un agent immunosuppresseur efficace unique qui offre un grand potentiel de contrôle du rejet de greffe » (Hess & al., 1986), on se propose de mettre en évidence les conditions pour qu’un énoncé scientifique soit tenu pour expliqué de manière suffisante en médecine. Est ainsi tout d’abord mis en lumière le rôle des « valeurs explicatives » ou croyances qui définissent ces conditions. L’exemple particulier de la science médicale montre ensuite la pluralité des valeurs explicatives qui peuvent circonscrire et régler le domaine d’une science, leur irréductibilité, mais aussi leur nécessaire collaboration. Sur l’exemple particulier de l’action de la cyclosporine, on expliquera succintement le rôle des valeurs explicatives du pharmacologique, du clinique, du biologique, du mécanique et de l’épidémiologique.




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